2025 - C'est terminé, et la route va se dégager...

Molène    

J’aborde ces années de transition avec des constats lourds.

Je me retrouve face à des interlocuteurs qui changent d’avis sans cadre ni justification. Des notaires sourds, muets et arrogants, qui enchaînent les erreurs, vous font traîner des mois sans la moindre précision. Des relais d’aide, payés par la collectivité, qui n’écoutent rien mais affirment avoir tout compris. Des médecins qui répondent à leur écran plutôt qu’à vous, qui prélèvent un fragment de votre voix et vous répondent à côté, mécaniquement.

Et puis il y a les mises à jour. Éternelles. Brutales.
Elles se font sans vous, sur vos outils de travail, et effacent simplement ce que vous avez construit pendant des années. Ce qui fonctionnait pour vous ne fonctionne plus pour eux. Les machines numériques ont décidé. Point.

C’est un drôle de monde. Chaotique, disloqué.
L’année 2025 a battu des records dans ce registre. Comme le chante Clara Ysé : le monde s’est dédoublé. Au milieu de ces incohérences, je navigue. Le temps — si précieux — se gaspille en coups d’épée dans l’eau. À force de naviguer dans le flou, je m’agrippe aux êtres tangibles : les bêtes à plumes, à poils, et le petit peuple de la microfaune. Là, je trouve la paix. Un dialogue vivant. Un émerveillement d’enfant curieux. Je m’y sens à nouveau rassurée.

Voilà pour l’ambiance, je vous l’accorde. C’est plombant.
Mais ce climat ne s’est pas installé d’un coup : il s’est infiltré lentement, puis s’est emballé. Je ne peux pas vivre dans l’incohérence permanente. Alors j’ai tracé une frontière. D’un côté, le monde virtuel. De l’autre, le monde réel. Je distingue. Je sépare. Et dans cet écart, je résiste. Je fais la part des choses et, contre toute attente, je me renforce.

Entrons maintenant dans le monde réel.

Mes jardins. Là où je reprends corps et esprit.

Avec mes 64 ans bien tassés, je suis plus lente — et je l’accepte. Je m’y épuise moins que devant un ordinateur, malgré des journées qui s’étirent du lever précoce au coucher tardif. La saison a démarré tôt, malgré le froid et l’humidité. Il a fallu nettoyer des haies étouffées par les Ronces et les Pruneliers, les aubépines. Repenser les accès. Refaire le point sur les espaces. Constater les vivaces épuisées par un hiver long et pourri.

déraciner les Mauves avant fannage  coin de jardin 2025  Le Syndicat

Il a fallu remettre de l’air.
Revitaliser par un nettoyage radical : romarin, hysope, sauge, thym, sarriette… Un travail qui, au départ, semblait perdu d’avance a pourtant ouvert sur un renouveau saisissant de vivacité.

C’est cette confiance qui m’étonne. Ce contact avec le végétal, comme si je savais précisément quoi faire, et quand le faire. Une justesse sans calcul. Cette gratification me relie intimement au vivant. Je me sens épanouie, satisfaite. De plus en plus accordée.

La saison, elle, est restée dans une forme d’équilibre : ni trop chaude, ni trop sèche, ni trop humide. Un temps normand, simplement normal pour ma région. J’ai raté quelques récoltes. J’ai fait quelques faux pas : semé trop, cueilli moins que d’habitude. Mais j’ai été guidée par les pertes de l’an passé — trop de plantes sèches stockées, finalement jetées. J’ai ajusté. Sans nostalgie.

Côté commerce, rien de radieux.
Je conserve des clients fidèles depuis de nombreuses années, mais je perds les clients épisodiques, notamment sur les ventes à distance, l’e-boutique. Plus largement, le commerce de proximité s’effondre. Les clients professionnels commandent peu, ferment, disparaissent. La tendance est nette, installée depuis 2021. Il faut la regarder en face.

Dans le voisinage, des nids de frelons asiatiques.
Ils ont visité mes fruitiers, pourtant piégés. Malgré cela, la récolte fruitière a été belle cette année, au bénéfice de ma famille. Mes poules, elles, sont en pleine forme. Dans le poulailler en période de récolte, dans les jardins l’hiver. Tous les soirs, elles dorment à l’abri des renards.

  VAE TERMINEE    

Dans mes rituels, je marche l’hiver dans mes prairies. Une heure chaque jour.

Et cette année, je ne vois presque plus personne sur mes parcours. Renards, chevreuils, lièvres, sangliers… Absents.

Comme vous le savez, j’ai beaucoup travaillé sur la VAE Paysan-Herboriste durant l’hiver 2024.
J’ai mené cette épreuve à son terme. Mon rendez-vous devant le jury, prévu en janvier 2026, a été reporté. J’ai constitué des preuves : vidéos et photos brutes, ajoutées aux livrets, et également mises en ligne sur la chaîne YouTube. Sans mise en scène — j’en suis incapable. Chacun son métier. Vous retrouverez ces séquences au mois de mars, après mon passage devant le jury de validation.

Par ailleurs, j’ai fait mon travail pour transmettre le bail que je détiens depuis 2001 : 35 hectares de prairies.
La signature est annoncée pour janvier. Après des mois d’interrogations, de pertes de temps, de flottements de part et d’autre, j’ai été, quoi qu’il arrive, l’arbitre entre notaire, propriétaire, repreneurs, géomètres… C’est épuisant. Je viens de recevoir, sans préavis, la date de signature et de vente — je reprends 2 hectares. Voilà. C'est comme ça. Tout arrive à celle qui sait attendre. J’ai attendu. Attendu. Attendu encore.

C’est la fin d’un parcours de combattante.
Une autre page s’ouvre. Il va falloir encore de l’énergie, encore de la résistance. Le moral est là.

Côté finances, en revanche, ce n’est pas la joie.

L’avenir s’annonce serré. J’entame un dossier de retraite progressive, je négocie les charges. Je cherche des points d’appui pour pouvoir transmettre mon outil de travail sans le voir se déliter. Ce n’est pas demain que je vais me reposer. Les vacances ? Une notion lointaine. Très lointaine.

Conclusion provisoire — tenir

Je ne suis pas au bout. Mais je ne suis plus au même endroit. 

Entre un monde qui se dédouble et un autre qui s’efface, j’ai choisi de tenir là où ça répond encore. Le vivant ne promet rien, mais il répond juste. Il ne ment pas. Il ne se met pas à jour sans prévenir. Il fatigue, il oblige, il résiste et il rend.

Je transmets, je réduis, j’ajuste. Je perds sur certains plans, je gagne en justesse. Le confort recule, la clarté avance. Ce n’est pas un choix héroïque. C’est une nécessité vitale.

Je continue. Pas par optimisme mais par cohérence.

  jardinChiendent

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